1001 VINS
C’est bercé par le vent de Cuba et la voie de Betty Lavette (merci Jean-Luc), que je m’interroge sur le traitement réservé au consommateur dans le monde du vin. Cette interrogation provient d’une aventure un peu désagréable que ma femme et moi avons vécu ce week-end.
Avant notre escale à Varadero, nous avons passé quelques jours à Edmonton, capitale de l’Alberta, province de l’ouest canadien. Nous avions décidé de nous acheter une bouteille pour l’apéro. Mon choix s’était arrêté sur un riesling australien 1999. Comme j’aime beaucoup ce cépage, je voyais une opportunité de découvrir son évolution dans ce pays que je tente d’apprivoiser depuis quelques années mais sans succès. Notre autre achat était un Gruner Veltliner d’Autriche, de Schloss Gobelsberg ,que nous sommes entrain de boire.
Ce riesling se présentait avec une robe jaune assez foncée qui me laissait croire que ce vin avait peut-être déjà passé son apogée. Le nez était très évolué, des notes oxydatives de noix rancies se mélangeaient aux odeurs pétrolées, typique du riesling. En bouche ? pas grand chose. Au départ, ce vin ne m’était pas totalement désagréable mais quelque chose me dérangeait. Joanne, elle, fût catégorique: ce vin est fini ! Elle dit qu’elle connaît rien au vin mais elle en sait plus qu’elle ne le pense.
L’appréciation des vins qui ont quelques années de vieillissement peut être difficile et surtout très différente d’une personne à l’autre. Après quelques minutes et quelques gorgées, je décide qu’à mon goût, ce vin n’a pas bien vieilli et qu’il est en quelque sorte défectueux. Je retourne à la boutique de vin et je me fais dire que ce vin est parfait. Alors je lui demande, selon qui ? Ils me répondent : “ on est trois à y avoir goûté... “. J’ai presque entendu un “ stupid ”
Avec une certaine condescendance, ce qui je crois être la propriétaire me dit que c’est comme ça que le riesling vieilli. Comme j’avais une casquette et que j’avais l’air d’à peine 25 ans, elle ne m’a pas prise au sérieux ( j’ai l’habitude, un vendeur a déjà sonné à ma porte et demandé à voir les proprios de la maison).
Je commençai donc à lui énumérer quelques vieux vins que j’avais bus dernièrement, pas pour m’en vanter, mais pour qu’elle me prenne au sérieux. Je DÉTESTE faire ça surtout dans une langue qui n’est pas la mienne. Je déteste quand les amateurs de vins se mettent à faire ces concours de qui a bu la plus grande bouteille. Un genre de “mon père est plus fort que le tient”. Dans cette situation, ce fût mon moyen de défense.
Par le temps que j’arrive au Zind-Humbrecht Brand 89 et au Krug 85, elle avait complètement changé sa stratégie et ses collègues sont venus à sa rescousse. Comme toutes mes références étaient françaises, elle m’a dit que c’est comme ça que les riesling du nouveau monde évoluaient ! Vlan dans les dents... Vous auriez dû voir son sourire. C’était une réplique magnifique et elle le savait. Avec une phrase, elle m’a mise K.O... Elle à également perdu un client. Quelle fierté peut-on tiré à mettre un client au tapis ?
Je lui ai alors demandé quelles étaient mes options. Elle m’a dit qu’elle ne reprenait pas ma bouteille car elle perdait de l’argent. Combien vaut un client ? Cette bouteille valait 23$, donc elle perdait 15 ou 16$. J’étais prêt à un compromis. J’était décidé à prendre une autre bouteille, même d’être bon joueur et en acheter une plus chère. Je suis donc reparti furieux en laissant sur le comptoir la moitié du bouchon trop sec qui avait cassé lors de l’ouverture de la bouteille. Ils aimaient tellement cette bouteille qu’ils n’ont même pas voulu la garder pour la boire.
Comme je travaille dans le service à la clientèle depuis près de 20 ans, cette situation m’a amenée à me demander comment j’aurais géré cette situation. Dans un domaine aussi subjectif que le vin, comment le consommateur peut il faire valoir son point ? Déjà que le monde du vin peut être intimidant... Je comprend que le commerçant fait face à une contrainte économique mais n’est-ce pas un des risques de vendre des produits qui sont sujets au goûts des clients et à l’effet du temps? De plus, dans cette situation, ce n’était même pas une question de goût. Je ne suis pas arrivé en disant ce vin n’est pas à mon goût, j’ai dis que ce vin était défectueux. Par dessus tout, ils m’ont pris pour un con et ça c’est impardonnable. Ceci peut juste faire paraître le monde vin encore plus inaccessible et élitiste remplis d’égos gros comme ça.
Quand je parle de vin à mes collègues de travail, je leur demande où ils achètent leur vin lors de leurs escales. La plupart d’entre eux me répondent les grandes surfaces. Pourquoi pas le caviste ? Parce qu’ils sont intimidés et ils ont peur de passer pour des imbéciles. Une situation comme la mienne peut juste renforcer cette fausse perception.
Chers amis cavistes, sommeliers et restaurateurs, soyez respectueux de la majorité de la population qui ne connaisse pas le vin autant que vous. Ils sont votre pain et votre beurre. Plus les gens en connaîtrons sur le vin, plus vous aurez du travail car ils exigeront votre présence. Restez humble, il est impossible que vous sachiez tout. Je découvre que, souvent, se sont les personnes qui en connaisse le moins qui sont les plus intuitives. Ma femme se trompe rarement sur l’appréciation d’une bouteille et elle n’a d’intérêt que la partie pratique du vin ( lire boire ).
Donc, qu’aurais-je fais ? Probablement que j’aurais repris la bouteille sans même la goûter. Si un client prend le temps de revenir à la boutique, c’est qu’il est vraiment convaincu que quelque chose ne va pas. Mon ami Jean-Luc, restaurateur, m’a dit un jour que si un client croit que son vin est défectueux ou bouchonné, il le remplace sans poser de question (c’est comme ça que je l’ai rencontré d’ailleurs). Combien de fois a-t-on bu un vin incertain parce qu’on avait peur de le dire ? Cette façon de faire est une marque de respect envers le client qui a osé s’exprimer. Ce client passera une belle soirée et reviendra. Finalement le vin n’avait pas de défaut ? On va le boire ensemble ;-)) .
Heureusement qu’il existe beaucoup d’endroits merveilleux qui respectent leurs clients et leur niveau de connaissance. Comme je ne connais pas beaucoup cette boutique, qui se dit divine, je vais taire le nom. Peut-être suis-je un cas unique. Une chose est certaine, je n’y retournerai plus.
Le client a-t-il toujours raison ?
12 mars 2008