Iris Rutz-Rudel, Domaine de Lisson, Vin de table, Languedoc
Le premier contact avec Iris fut via son blogue où elle raconte ses péripéties. Après quelques messages, nous avons échangé nos liens sur nos blogues respectifs. Je m’étais promis de la visiter. Chose que je fis il y a environ deux semaines lors d’une escale à Toulouse. Je profitai de ce séjour pour me rendre, une fois de plus, chez mes amis Patricia et Luc Bettoni ( photo haut avec Iris ) des Eminades de Saint-Chinian. Comme Luc est un passionné, il était tout aussi emballé que moi de découvrir ce domaine situé à Olargues. Ce petit village médiéval situé au pied des Cévennes, en plein milieu du Parc Régional du Haut-Languedoc.

Si vous n’avez jamais visité cette région, il faut y aller. La route est tout simplement superbe. Les montagnes et les forêts sont magnifiques. La prudence est cependant de mise, car c’est très sinueux. Avec le temps ensoleillé et 20° au mercure, c’était la journée parfaite.

Nous avions rendez-vous avec Iris à 13h à la mairie. Elle nous attendait, patiemment, en profitant du soleil. Nous sommes arrivés avec quelques minutes de retard. Nous avions eu de la difficulté à trouver un endroit pour manger. Le lundi, dans cette région, ce n’est pas facile. Le premier contact fut chaleureux et très agréable. Iris a un sourire contagieux qui ne disparait jamais, même quand elle raconte les moments les plus difficiles de sa vie. Nous l’avons suivi jusqu’au domaine situé en pleine forêt, isolée de la civilisation. Tellement isolée que tout fonctionne avec l’énergie produite par des panneaux solaires !!!


Nous sommes arrêtés en route pour observer les vignes. Ses 2ha de vignes en pleine forêt donnent le vertige ! Elle en profita pour nous raconter l’histoire du domaine. Elle a commencé il y a plus de 25 ans quand son mari, Claude Rudel, a acheté le domaine. Son but : prouver que l’on pouvait faire de grands vins avec ce microclimat. Il savait qu’il y avait déjà eu des vignes sur ces coteaux, mais leur culture avait été abandonnée dans les années 30. La forêt avait depuis repris sa place.
C’est en 1990, après qu’Iris fut passé par l’école d’oenologie, qu’ils entreprirent la tâche titanesque de défricher. Ils y ont mis un an ! Pinot noir, cabernet sauvignon, cabernet franc, merlot, côt, petit verdot et mourvèdre furent plantés. Les sols sont composés en majorité de calcaire et de schistes.
Cette histoire eut un épisode tragique. Claude décéda d’un accident 2001. Depuis, Iris s’occupe du domaine. Il y a quelques années, un compagnon l’a rejointe au domaine. Klaus. Électronicien de formation, il s’occupe maintenant des vignes.
Arrivé au domaine, c’est la maison qui impressionne. Construite à même le schiste du coteau, elle semble sortie tout droit du sol. Nous sommes passées derrière où se situent les mourvèdre. Tout de suite, notre oeil est attiré par la clôture électrifiée qui entoure les vignes. La raison: Les animaux. Sangliers, renards et blaireaux, ils bouffent tout ! Cette année, malgré le superbe millésime, Iris vinifiera qu’une seule barrique. Environ 300 bouteilles. C’est une catastrophe. Il ne manque que les mouflons qui, un jour, trouveront une façon de traverser la rivière. Ah oui, j’oubliais les oiseaux. C’est eu qui se sont chargé des mourvèdre cette année. Comme disait Luc: il faut avoir la foi.

La culture à Lisson se fait sans produits chimiques. Elle dit laisser faire la nature, mais en lui donnant de bonnes bases. Donc en cave, pas d’ajout. Seulement du raisin. Même pas d’électricité. C’est une vinification «No Watt». Pour ce qui est des sulfites, elle n’est pas de l’école des sans soufre, mais plutôt de celle des très peu de soufre. Les vendanges ? Vous aurez deviné qu’elles sont manuelles.

Comme nous étions un peu juste dans le temps ( je devais prendre un train à 16h30 à Béziers ), nous avons sauté la visite du vignoble pour nous diriger à la cave. Dommage. Nous avons promis de revenir. La première chose à attirer mon regard fut une table et des chaises. Quel bonheur de déguster assis. Ma femme aurait été heureuse. C’est une des raisons pour laquelle elle ne vient plus avec moi. Iris m’expliqua que c’est une surprise que Klaus lui a faite. Un jour où elle était avec des visiteurs, ils venaient de passer plus de 1h30 dans les vignes sous une chaleur accablante, Klaus est venu vers elle en lui disant : Ça ne va pas ce que tu fais subir aux gens, c’est de la torture. Quand elle est entrée dans la cave, la table était là, avec les chaises. Le seul souci, c’est qu’un coup assis, on ne veut plus partir...

Voici un petit résumé de notre dégustation:
Les vins d’Iris sont masculins. Cependant, ils gardent toujours une grande fraîcheur. Elle disait qu’elle se fait souvent approcher par des revues féminines pour parler de ses vins. Elle leur dit tout de suite que ses vins n’ont rien de féminin. Ce type de vin ne lui plait pas.
Clos des Cèdres 2005
Cette cuvée est faite à 100% de mourvèdre. Ce vin est construit sur la finesse et la pureté, il possède une longueur infinie. À 12,5% d’alcool, il a plus la couleur d’un pinot noir. Pour Iris, ce vin n’a pas la couleur et la densité d’un Lisson. Nous, on adore. Ce vin est dynamique. On pourrait en boire des litres. Luc s’exclame: «Je n’ai jamais bu un mourvèdre comme ça».
Clos des Cèdres 2007
Millésime différent, vin différent. Même si c’est la même cuvée, nous sommes aux antipodes du précédent. Ce vin titre 14,8° et a fait 18 mois de barriques neuves. Iris nous disait que la matière le demandait. L’utilisation de bois neuf dépend des années. Avec un degré d’alcool de plus que l’autre, il est beaucoup plus coloré. Ici nous sommes en présence d’un vrai Lisson. Une caractéristique commune: cette fraîcheur dont je parlais plus haut. On retrouve également la même pureté aromatique. Ce vin a besoin de quelques années pour que le bois se fonde au reste. Deviendra une grande bouteille.

Les Échelles de Lisson 2007
Du faux bordelais, lance Iris en riant. C’est dans cette cuvée que se retrouvent les cépages qui composent les vins de cette région. Cabernets, merlot, côt (malbec), et petit verdot. On est cependant loin de Bordeaux. Luc fit remarquer qu’à l’aveugle, on serait bien embêté de trouver les cépages. Iris répondit que leur but n’a jamais été de faire du bordeaux ou du bourgogne (avec le pinot noir). Pour elle c’est le terroir qui parle ainsi que les levures naturelles qui peuplent la cave. Les levures Lisson.
Cette bouteille était ouverte depuis 2 jours, et même si elle contient moins de 10mg total de sulfite, elle ne s’était pas effondrée. Cependant, nous avons tous noté un peu d’acidité volatile. Ce vin fait 14,5 d’alcool, mais il ne laisse rien paraître. Bonne masse tannique qui aura besoin de temps pour se fondre au reste. Nez très complexe. Et comme toujours, la fraîcheur. Cette bouteille ira sûrement loin.

En résumé, les vins sont charpentés avec une forte personnalité, mais ils possèdent une acidité et une masse tannique qui leur permettent de vieillir et qui leur évitent toute lourdeur J’aimerais voir ces vins avec quelques années derrière la cravate. Au niveau aromatique, une constance: la complexité.
Malheureusement, nous avons manqué de temps. Nous allons devoir revenir pour le pinot noir. Ce fut une super rencontre. Cette femme est pleine d’énergie et malgré toutes les épreuves traversées et les projets qu’elle a dû abandonner, elle semble apprécier chaque instant de cette vie de vigneronne. Je termine avec ces mots : Passion, détermination et courage. Iris, merci !
Au Québec vous trouverez ses vins chez Vini-vins
Iris Rutz-Rudel, Domaine de Lisson, Vin de (très bonne) table, Languedoc
24 octobre 2009